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Zmâla : Hans Lucas

Jerenia a décompensé une schizophrénie à l'âge de 14 ans. Aujourd'hui âgée de 23 ans, elle est enchaînée au mur en permanence.”Je ne peux la laisser sortir, elle se dénude dans la rue et court vers les voitures.”

“Parfois le mal est dans l'air qui est en toi. Il faut alors aller le retirer. Je le cherche dans le ventre par des aspirations. Il faut chercher dans tout le ventre. Quand tu l'as enfin trouvé, le patient a mal. C'est que l'aspiration fonctionne bien, que le mauvais air sort du corps du malade.”

En soufflant la fumée d'un mapacho (cigarette de tabac pur) sur le crâne, les mains et les pieds de son patient, Don Marcello le nettoie et lui appose une protection. On nomme ce soin sopladura. Le tabac, en pénétrant le corps du patient, rééquilibre les énergies et procure l'apaisement.

“Dans les rivières, il y a des formes sataniques. Elles peuvent émerger et te faire devenir fou. Leurs énergies peuvent te créer un choc si puissant que tu deviens fou.” Don Aladino, curandero.

Cet été, un cas de possession collective a marqué la presse de Pucallpa. Trois jeunes filles ont présenté des signes d'envoûtement. Jorge Hidalgo, pasteur évangéliste a pris soin de l'une d'elles. “En tenant la Bible, on lui a demandé “Quel est ce démon?” Elle a répondu “Carlos, je m'appelle Carlos.” Dans un film on voit ce démon, Carlos. Il est venu de ce film pour la posséder. Nous avons simplement ordonné “Au nom du Christ, va-t-en” et il s'est enfui. C'est ainsi.”

“Le lupuna est le maître des arbres de la forêt. Son esprit est une femme très belle et très grande. Pour apprendre à soigner, tu dois diéter les plantes de la forêt. Tu te connectes avec la plante. Son esprit vient te parler, en rêve ou en vision. Il faut comprendre que ce n'est pas le chaman qui te donne un enseignement, ce sont les plantes. Elles savent.” Don Marcello, curandero.

“Dans le cas d'une personne schizophrène on observe une charge négative importante qui pèse sur ses épaules. Si la personne boit de l'ayahuasca dans ces conditions cela peut mal se passer. Moi je préfère les aider en pratiquant des purifications par les plantes et par les chants.” Don Jefherson, curandero

“Les énergies positives et négatives entrent par la fontanelle. Chez les personnes schizophrènes, on assiste à une sorte de disharmonie. La schizophrénie est une forme de folie qui garde la personne enfermée. Elle cadenasse son esprit. Je mets toute l'énergie qui m'habite en me concentrant sur la fontanelle pour l'ouvrir.” Don Pablo, curandero.
Jerenia a décompensé une schizophrénie à l'âge de 14 ans. Aujourd'hui âgée de 23 ans, elle est enchaînée au mur en permanence.”Je ne peux la laisser sortir, elle se dénude dans la rue et court vers les voitures.”
CURA LOCURA
The Amazonian shamans on the paths to madness
Through the exchanged visions of a painter and a photographer, Cura Locura offers an unusual journey into the world of the spirits and to those who track down the origins of evil.
In the town of Pucallpa, in the heart of the Peruvian Amazon, madness is treated with traditional medicine. It is when travelling in the invisible world, where energetic charges of each one of us are perceptible that shamans discover the origins of their patients’ psychological suffering. Hallucinatory drugs are in turn the key to enter this spiritual universe, to obtain guides and remedies.
“You need to understand that it is not the shaman who teaches you but the plants. They know. With schizophrenics we assist in a disharmony. The bad spells or unhappy contacts with the spirits of nature have changed the energetic charge of the patient. Under the effect of these harmful forces, he has lost his brain; he no longer has control over his thoughts. Schizophrenia is a form of madness that keeps the person imprisoned.” Don Pablo, shaman.
Paolo, a surrealist painter, takes his inspiration from travelling in this hallucinatory world. It is an exploration which, by revisiting the photographs of Stéphane Moiroux, allows him to have access to the invisible.
Photography: Stéphane Moiroux
Painting: Paolo Del Aguila Sajami
Text: Laure Gruel
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