Book
Yan Morvan :
Gangs Story

Tout l’univers des rockers est codifié, réglé par la bande : le ceinturon, la cravate-ficelle, et même la marque de leur gomina. Ils se repassent les adresses des coiffeurs qui pratiquent encore la banane à l’ancienne.

Photographié dans le squat de la rue Saint- Sauveur, Guy Georges, l’enfant élevé près d’Angers dans une famille d’accueil, est à l’aise dans son rôle de zonard sympa et destroy, il pose sous des photos pornos et veut venger Jacques Mesrine.

Johnny est marié, mais on ne voit jamais sa femme ; il a une fille, un chien et habite dans un F3. Sa femme travaille pour payer le loyer. Dans le petit appartement, elle gueule devant le portrait d’Hitler que Johnny a punaisé au mur, et s’insurge parce qu’il lui interdit d’afficher des photos de Mike Brant. Pendant ce temps, lui s’amuse avec les « mammas ».

Les skins « originaux » ou les punks, fatigués de servir de cibles, se regroupent pour se protéger et s’affirment redskins, revenant aux sources du mouvement skin anglais. Les Red Warriors naissent dans cette ambiance où explose le rock alternatif alors que les skins d’extrême-droite se referment sur leur ghetto celtique. Les Red Warriors assurent le service d’ordre des Béruriers Noirs et sillonnent la France, livrant bataille à des skins provinciaux peu habitués à ce type d’opposition.

Mésir, un beur, est un membre des Ducky Boys, un gang de « chasseurs de skins ». « Sans pitié et sans parti. Sauf celui de sa couleur. Dans la vie soit tu cours, soit tu donnes. Si les skins m’attrapent, ils feront comme leur copain Hitler. On n’a d’ordre à recevoir de personne ». Les alliances se font avec d’autres bandes : les Red Warriors, les Docker Boys, une bande mixte de chasseurs des Champs-Élysées, ou les Sans Pitié Aucune, SPA, un gang black.

« Quand on frappe, on fait de l’humanitaire. C’est pour le bien des hommes qu’on tabasse les skins. Et je les nique avant qu’ils me niquent ! ». Les Ducky Boys sont parmi les plus craints des chasseurs de skins. Ils effectuent de véritables raids en commando dans le métro.

Les Kop de supporters sont inspirés par ceux du Royaume Uni, la patrie des hooligans. Le terme « Kop » qui désigne la tribune des supporters en anglais est adopté en référence au Kop d’Anfield. Entre 1978 et 1985, la tribune Boulogne reste largement ouverte aux supporters adverses, les incidents sont très nombreux avec ces derniers, et aussi avec les forces de l’ordre. C’est le début de la réputation de la tribune Boulogne comme une tribune dure. Cette réputation se confirme à l’été 1982 qui voit l’apparition des premiers skinheads. Au cours de ces années, les incidents vont en se multipliant. Les Boulogne Boys sont créés en 1985 avec le soutien de la direction du club. Les Boys se scindent en 1986 entre Gavroches et Firebirds. De nombreux incidents émaillent dès lors les matchs. À la fin de la saison 1985, les tribunes du Parc des Princes vont accueillir Serge Ayoub et quelques membres de Troisième Voie. Ils ne manquent pas de saluer chaque action du Paris Saint- Germain par des bras tendus. Geste qui trouve aussitôt ses imitateurs, chez lesquels les bras d’honneur alternent avec les saluts fascistes. Le club est vite dépassé.

Le mythe motard est arrivé en France sous les traits du sex-symbol des années soixante, Brigitte Bardot , paroles et musique de Serge Gainsbourg : « Je n’ai besoin de personne/En Harley Davidson/ Que m’importe de mourir/Les cheveux dans le vent ». Quelques mois plus tard, juste avant mai 1968, Julien Clerc chante dans la Cavalerie, qui fera rêver tous les gamins qui meurent d’ennui dans les campagnes françaises : « Quand j’entends les motos sauvages/qui traversent nos villages [...] moi aussi j’abolirai l’ennui/ dans le tonnerre et le bruit ». Les blousons noirs se transforment en bêtes motorisées, comme les rockers anglais qui deviennent « greasers » en référence au cambouis qui macule leurs cuirs.

Beaucoup vivent en squatteurs dans des immeubles de banlieue promis à la démolition, comme Dany ou Zizi à Boulogne, près des usines Renault : des SDF avant la lettre.

Chrysto est un ancien membre du groupe Démocrate D, un groupe de rap hardcore originaire des Bosquets à Montfermeil en Seine Saint-Denis, qui a été fondé en 1989 par Black Jacket. Il est proche des Black Panthers français, des Black Dragoons, des Asnays, et de « la Douane » de Grigny.

Le 8 septembre 2012, au concours de Pull and Push à Grigny, Kizo devient champion international de traction en plus de quatre- vingt-treize kilos. Kizo est né en 1981 à Ris-Orangis et a grandi dans le quartier de la Grande-Borne à Grigny. Membre de la Mafia Z, la Mafia Zaïroise, créée en 1996, il a pris part entre 1998 et 2004 aux rivalités entre les quartiers de Corbeil, Évry et Grigny, auxquelles ont participé d’autres gangs franciliens.


Menacé, racketté, séquestré, Yan Morvan est pris au piège par Guy Georges qui le rançonne et menace de s’en prendre à sa famille. Ce dernier lui demande de trouver des kalachnikovs pour vendre un reportage à la presse anglaise. Yan Morvan loue les armes à la Société Française de Production. Il réussit à aller voir la police qui ne veut rien entendre. Après ses démêlés avec ses racketteurs du squat Saint-Sauveur, Yan Morvan stoppe son travail sur les gangs pour quelques années.

Yves, dit « le Vent », sermonne ses recrues. « Priez Dieu ou Bouddha, qu’il vous donne la force, la puissance, l’efficacité, le respect et l’honneur. » Il crée un règlement, il fait réciter aux Black Dragoons le code, B : bienveillant ; L : libre ; A : attentif ; C : courageux et capable ; K : interdiction de kidnapper ; D : débrouillard ; R : respecté ; A : être actif ; G:êtregai;O:savoirobserver;O:avoirson opinion ; N : ne pas être naif ; S : être sérieux. Le lendemain de cette séance photo, Diablo, un membre des Black Fist, reçoit sept coups de couteau lors d’une bagarre sur la place Carrée-des-Halles.

La Black Sans Pitié, BSP, a pris naissance dans les rues de Grigny en 2004, alliée à la JRG, Jeunes Racailles Grignoises, et la DGG, Da Grigny Gang. Elle devient alors l’une des bandes les plus importantes de l’Essonne.

Gangs Story de Yan Morvan
Tout l’univers des rockers est codifié, réglé par la bande : le ceinturon, la cravate-ficelle, et même la marque de leur gomina. Ils se repassent les adresses des coiffeurs qui pratiquent encore la banane à l’ancienne.
Yan Morvan is a great photographer. The only problem is that’s he’s unbearable. But behind his endless outrages and provocations lies an unusually cultured man, a genuine tenderness, and the authentic vision of a journalist and photojournalist. Human beings, the other, fascinates him. He is never merely a witness to what he photographs; he is also a part of it. Look at L’oeil du Journal, which he produced for more than a year. He gave the genre a new life. Look at his battlefields, this colossal work of memory which he started three years ago using his own money. He tells you the story of these battles in detail. Today he has almost 150 of them.
Look at the Gangs Story, his most recent book. For the past 35 years, he has photographed the fringes of society which he finds so fascinating. Over these 279 pages and 140 photographs, you see the evolution of our society, from the white greasers of the 1970s to today’s uprooted immigrants. He didn’t just take a few short trips and snap a few pictures here and there. No, he went week after week, month after month, year after year, and he came back with stories. Not all of them are easy to hear.
Jean-Jacques Naudet
Gangs Story
Photographs by : Yan Morvan
Texts by : Kizo
La Manufacture de livres Edition
EAN : 9782358870498
49€
Links
http://www.lamanufacturedelivres.com/le_site/Gangs_Story.html
http://www.yan-morvan.com
Contributors
Jean-Jacques Naudet
